Économie du clipping

Clipping sans accord : quand un clip devient un vol

7 min de lecture

Avant de devenir une industrie payée au millier de vues, le clipping a d'abord été vécu par beaucoup de créateurs comme un pillage. En janvier 2025, une créatrice culinaire découvrait qu'une chaîne YouTube à son nom republiait plus d'une centaine de ses vidéos. La même pratique, au même moment, était encouragée par d'autres créateurs qui y voyaient de la visibilité gratuite.

Ce qui suit reprend, en le reformulant, l'article de Myriam Roche publié par Les Gens d'Internet le 24 janvier 2025.

Une chaîne à son nom, qui n'est pas la sienne

La créatrice food Zoé no Gluten préparait le lancement de sa chaîne YouTube quand elle a découvert que son pseudo était déjà pris. Quelqu'un s'y faisait passer pour elle et republiait toutes ses vidéos, devant plus de 11 000 abonnés. Le 23 janvier 2025, elle a interpellé la personne sur Instagram, en lui conseillant « fortement » de supprimer la chaîne avant qu'elle n'aille plus loin.

Son agente, Mélissa Berri, précise l'ampleur : toutes ses Reels ont été reprises, plus d'une centaine de vidéos au total, dont certaines ont atteint 250 000 vues. Le préjudice est double, financier et d'image, puisque la communauté peut croire que c'est la créatrice elle-même qui republie. Au moment de l'article, la chaîne avait changé de nom, mais les vidéos étaient toujours en ligne.

vidéos republiées sans accord
100+
abonnés sur la chaîne usurpatrice
11 000
vues sur certaines des reprises
250 000
Source : Les Gens d'Internet, janvier 2025.

Clip ou vol ?

Le clipping consiste à tirer de courtes vidéos des contenus de YouTubeurs ou de streamers. Une lectrice du site raconte avoir suivi les temps forts du live caritatif Stream For Humanity, organisé par Amine, uniquement grâce à des clips TikTok. C'est tout l'enjeu : ces clips ne sont pas les originaux, leurs auteurs reprennent des images qui ne leur appartiennent pas, et certains les monétisent.

Jimmy Hassa, cofondateur de l'agence Nouvel Arc, a pris position sur LinkedIn. Pour lui, la pratique « s'apparente clairement à un vol de propriété intellectuelle ». Chaque like laissé sur un clip est un like perdu pour le créateur d'origine, ce qui fausse ses statistiques. Il affirme que la majorité des créateurs avec qui son agence travaille sont touchés, et appelle TikTok à réguler.

Des créateurs qui en redemandent

Tous ne voient pas les choses ainsi. En décembre 2024, lors d'un événement organisé par Webedia, les YouTubeurs ByIlhann et Flamby ont invité leur communauté à reprendre leurs contenus. Pour ByIlhann, c'est de la visibilité en plus.

Le Motif a choisi une voie plus encadrée. En janvier 2025, il lance clip.farm, une plateforme où les créateurs demandent à leurs abonnés de monter de courtes vidéos à partir de certains contenus, avec une rémunération pour les clips les plus vus. Son ambition : rendre le clipping accessible à tous les créateurs, quelle que soit la taille de leur communauté.

Ce qui a changé depuis

L'article se concluait sur une question : le clipping doit-il être contrôlé, et comment les créateurs peuvent-ils garder la main sur leurs contenus ? Vingt mois plus tard, une partie de la réponse est venue du marché plutôt que de la régulation. Le clipping autorisé et rémunéré est devenu une industrie, et clip.farm en est l'un des acteurs (voir l'économie des clips en chiffres).

Ce que nous en retenons : republier n'est pas clipper

L'article parle de clipping à propos de Zoé no Gluten, et ce mot masque le problème. Personne n'a rien découpé. Ses Reels étaient déjà courts et verticaux, et ils ont été republiés tels quels, au même format, sous son nom. C'est la copie d'une vidéo finie, pas le clip d'une vidéo longue. La différence compte, parce que les deux pratiques posent des problèmes différents et n'appellent pas les mêmes réponses.

Trois questions les distinguent, et aucune ne demande un avocat :

  • Y a-t-il eu un choix ? Un clip retient trente secondes sur une heure et les cadre pour un fil : la sélection, c'est le travail. Republier un format court fini n'ajoute rien, et c'est d'ailleurs ce que les plateformes tolèrent le moins. La règle de YouTube sur le contenu réutilisé refuse précisément de le rémunérer, accord du créateur ou non.
  • Qui le spectateur croit-il regarder ? Prendre le nom d'un créateur comme nom de chaîne transforme une copie en usurpation, et c'est ce qui a fait le plus de dégâts dans son cas : son propre public ne savait plus quel compte était le sien.
  • Où le spectateur va-t-il ensuite ? Un clip qui nomme et cite sa source peut renvoyer vers elle. Une republication sous le nom du créateur ne renvoie que vers elle-même.

Son cas donne deux leçons pratiques. Pour les créateurs : réserver son nom sur chaque plateforme avant d'en avoir besoin, puisque le sien était déjà pris sur celle qu'elle s'apprêtait à lancer. Pour les clippeurs : créditer la source dans le clip et dans la légende, et ne jamais publier sous le nom du créateur. C'est par ces deux choix que passe la frontière entre amplifier quelqu'un et prendre sa place.

La distinction que cherchait l'article de 2025 reste la bonne. Un clip commandé et payé par le créateur lui renvoie l'audience. Une republication sans accord la lui prend.

Sources

  • Les Gens d'Internet, Myriam Roche, Le clipping, le nouveau fléau des créateurs de contenu, 24 janvier 2025 : lire l'article. Les faits et citations des quatre premières sections en proviennent.
  • Les deux dernières sections, sur l'évolution du secteur depuis et sur ce qui distingue un clip d'une republication, sont de nous.

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